"... Aboubakar Tchindo,
fils de Tchindo Aboubakar..."

(51 Ko).

Samedi...

Nous nous baladons aux environs de Yde, sur les hauteurs. La latérite est partout. C'est l'heure de la sieste et le village dort. Des chèvres et des poules farfouillent sur les talus, à l'ombre maigre des broussailles.
Quelques enfants que je ne vois pas se mettent à crier. Très vite une quinzaine de gosses, tout petits, dansent et chantent autour de nous.
Je demande à Aboubakar ce qu'il se passe, mais :
- C'est du Béti. Je parle pas.
Croisant un homme qui sourit, je fais signe que je ne comprends pas les enfants. Ça le fait marrer :
- Ils sont contents ; c'est comme ça !

Tout est prétexte à amusement. Je m'aperçois tout de même que les enfants ne s'approchent pas trop de nous.

A l'inverse des autres villages bâtis à la va-vite autour de la capitale, celui-ci ne semble pas trop pauvre. J'en fais la remarque à Aboubakar.
- Parce que sont les Bétis ; Biya un Béti aussi.
- Ah !
Paul Biya est président de la République Camerounaise...

Soudain, c'est la douche. Aboubakar pense qu'il faut faire demi-tour car il peut pleuvoir longtemps en saison des pluies. Deux minutes après, le soleil tape dur. Nous sommes trempés ; le boubou et le tee-shirt fument.
Le vent se lève, Aboubakar a froid. Ce grand costaud craint de tomber malade si on reste mouillés dehors. Je lui propose ma veste. Il la prend mais la roule en boule et la garde à la main. Comme son français est très approximatif, je pense à un quiproquo qui me gêne beaucoup, et j'insiste pour qu'il mette la veste à cause du froid. Avec une mine hésitante, il dit de sa grosse voix :
- Je peux ?

Arrivé à la voiture, Aboubakar enlève la veste et me la montre en disant :
- Laver la veste. La rends lundi.
- Non, pas sale.
Il rit, gêné lui aussi.